Session théologique Interdiocésaine

le 17/03/2014

Session théologique interdiocésaine

Anthropologie chrétienne – pertinence et ressources

17 et 18 mars 2014

La session théologique interdiocésaine sera portera cette année sur le thème de la pertinence et ressources d’une anthropologie chrétienne, ou comment discerner et s’engager au temps de la problématique du « genre ».

Le Père Bruno Saintôt, s.j., responsable du département d’Ethique biomédicale des facultés jésuites de Paris – Centre Sèvres, animera ces deux journées.

Quelle définition donneriez-vous de l’anthropologie chrétienne  ?

C’est à la fois une tentative de compréhension, toujours à renouveler, de ce qu’est la personne (qui est l’Homme ?) et une proposition pour orienter son devenir en société (quelles orientations pour vivre ensemble ?). En effet, le développement des sciences et des biotechnologies, les changements culturels et les nouveaux idéaux sociaux et politiques nécessitent de revisiter les Écritures, notamment l’interprétation de la création de l’homme et de la femme à l’image de Dieu (Gn 1, 27), ainsi que la tradition théologique plurielle, pour reformuler aujourd’hui une vision inspirante de la personne en société. Dans l’encyclique Populorum et progressio, Paul VI formulait l’aide apportée par l’Eglise comme la proposition d’une « vision globale de l’homme et de l’humanité ». Proposer une anthropologie chrétienne, promouvoir le « développement intégral de la personne », c’est tenter de répondre à ce désir de comprendre et à cette ambition d’aider la société.

La notion fondamentale d’identité sexuelle a été remise en cause par les débats autour de la théorie du Genre. Certains manuels scolaires ont introduit dans leur programme de SVT cette théorie. Où en est le débat politique en ce début d’année 2014 ?

Il n’y a pas vraiment de débat politique sur la problématique du « genre » mais plutôt une cascade d’incompréhensions mutuelles, de crispations, de caricatures et de reproches en miroir entre les pro et les anti. Le débat politique supposerait de formuler clairement ce qui est en jeu et d’argumenter patiemment les projets éducatifs et sociaux en commençant par respecter les opposants. Internet sert actuellement de relai à bien des discours catastrophistes qui empêchent d’analyser lucidement les thèses soutenues et de prendre position de manière raisonnée. Cependant, un travail de fond est actuellement en cours en philosophie, en sociologie et également en théologie. J’espère qu’il pourra nourrir les débats…

Comment aujourd’hui, autrement que dans la polémique, ré annoncer positivement cette différence sexuelle intrinsèque à l’humanité ? Et en quoi notre foi chrétienne doit nous conduire à prendre position ?

Il me semble que notre foi chrétienne nous convie d’abord à une éthique du débat : respect du contradicteur, refus de le diaboliser, invitation mutuelle au travail critique de la raison, formulation soignée des arguments.Nous avons également à redécouvrir que la foi chrétienne n’est pas seulement une ligne défensive ou un bastion mais une force de proposition. Dans la contradiction même, quelle bonne nouvelle avons-nous à annoncer ? Enfin, dans la plupart des projets sociopolitiques, la différence sexuelle n’est pas niée. Elle peut cependant être considérée comme non significative et conduire à une remise en cause du lien entre sexualité et procréation, entre don de soi en son corps et appel d’un autre à l’existence. Les dérives seraient plutôt celle de la sélection, de la marchandisation, de la fabrication des nouveaux êtres humains. Nous avons besoin d’une nouvelle éthique de l’engendrement et de l’hospitalité.

Propos recueillis par Catherine Manné

Cette session s’adresse aux prêtres, aux religieux et religieuses, aux diacres et à un certain nombre de laïcs en responsabilité.

Bousculés et parfois désemparés par les changements de société et par les réformes sociales et juridiques (recherche sur l’embryon, mariage entre personnes de même sexe, revendication de l’assistance médicale à la procréation pour les couples de même sexe, revendication de l’assistance médicale au suicide), les chrétiens peuvent être tentés par le silence, le relativisme, le sectarisme ou encore par une panique morale qui laisse plus de place aux passions et aux simplifications qu’à l’examen critique et à l’engagement raisonné.

Actuellement, les polémiques sur le « genre » et ses traductions éducatives et sociétales nourrissent beaucoup d’inquiétudes, d’incompréhensions et parfois même de caricatures parce qu’elles remettent en question la répartition des rôles sociaux et des pouvoirs entre les hommes et les femmes, les repères éducatifs sur la sexualité, et les références éthiques de l’engendrement et de la filiation.

Beaucoup s’interrogent : comment analyser ces évolutions ? Quelles en sont les chances et les risques ? Qu’est-ce qui est en train de changer dans notre conception de l’Homme et de ses obligations ? L’usage des possibilités des biotechnologies nous conduit-il à un bouleversement anthropologique ? Comment prendre position dans la relation éducative, dans l’entretien pastoral ou encore dans le discours public ? Comment ne pas céder au pessimisme ambiant et valoriser personnellement et socialement la Bonne Nouvelle du Christ ?

Prenant en compte cette situation et la radicalité de ses interrogations, la session donnera des éléments d’analyse des différents courants de pensée qui soutiennent ces évolutions et ces revendications, et proposera des repères de discernement pour la réflexion et l’action.

Aux sources revisitées des Écritures et de la Tradition, elle exposera la pertinence et la richesse d’une anthropologie chrétienne où Paul VI voyait ce que l’Église pouvait proposer au monde : « une vision globale de l’homme et de l’humanité ».

Un support comprenant les thèses principales, les citations ainsi qu’une bibliographie sera remis aux participants.

Millou

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